Traversée du Daghestan

Après la dislocation de l’URSS, le Daghestan a élu un président. Celui-ci a tenté de mettre en place des relations bilatérales avec la fédération de Russie. C’était sans compter sur les chefs de guerre musulmans intégristes qui ont formé des « émirats » avec la charia comme loi. Une guerre civile s’en est suivie mais l’intervention des séparatistes tchéchènes, eux aussi intégristes, a poussé le président à demander l’aide des Russes, qui ensuite sont restés et ont « annexé » le Daghestan. Les relations entre Russes et Daghestanais sont assez tendues.

Les Daghestanais sont très accueillants, comme les Turcs. Ceux qui parlent un peu anglais nous proposent leur aide et nous souhaitent la bienvenue.

En nous arrêtant dans un bouiboui le midi, nous nous sommes retrouvés à manger avec deux hommes qui étaient très curieux et très fiers d’avoir des Français à leur table. Grâce à google translateur, nous avons pu échanger, c’était très agréable. Nous sommes repartis avec en cadeau 3 bouteilles de vin du Daghestan, un rouge léger, très fruité mais pas sucré. Un vrai régal. Nous étions invités à les suivre pour aller pêcher la truite mais Jeff n’a pas voulu suivre.

Nous repartons en direction de Astrakhan, pour rejoindre le Kazakhstan. Sur l’autoroute, nous sommes surpris de devoir prendre un bac. La route passe sur un pont flottant …

A la recherche de la mer Caspienne

Armés de notre bel atlas, nous préparons notre prochaine étape. J’ai un petit papier avec la correspondance entre les alphabets cyrillique et latin. Je repère nos villes étapes et je traduis….Belle crise de rire…. En regardant la carte, nous voyons qu’à aucun moment nous n’allons être près de la mer. Qu’à cela ne tienne, nous allons faire un crochet de 70 kms pour y aller. Un peu étonnés de ne trouver trace d’aucun village de pêcheurs, nous décidons de constater de visu.

La veille, j’avais acheté 6 œufs, mais ils ne sont pas en boîte… Je demande à Jeff de s’arrêter devant une échoppe où se vendaient des ustensiles en plastiques. Je trouve ma boîte à œufs et demande combien. Et bien là encore, cadeau. Je remercie et m’apprête à remonter dans le camion quand je suis interpellée. C’était le monsieur du magasin avec deux tasses en plastique avec couvercle étanche, cadeau…. Du coup, je propose à sa femme de visiter la cellule. Elle fait un film, toute contente et me serre dans ses bras pour dire au revoir. Les gens du Daghestan sont d’un abord froid mais quel accueil, quelle générosité, et comme ils sont chaleureux !

Après une route merdique, on suit une piste en terre qui part plein est, la mer est par là et, on la trouve ! On gare le camion en évitant les ornières et en prenant garde de ne pas empiéter sur les pistes. A peine le moteur arrêté, un groupe d’hommes, la soixantaine, nous convie à boire une vodka. C’est un groupe d’amis qui vient passer une semaine dans la cabane, loin de leur femme, pour pêcher, boire et papoter entre hommes. La conversation est difficile, un seul parle un peu anglais, un autre un peu allemand, mais, nous parvenons à échanger. Vodka, gold fish (un poisson super bon dont on mange aussi les entrailles ), autres poissons grillés, mangés avec les doigts en buvant de la vodka. Génial ! Mais…..

La police militaire est arrivée. Examen des documents, fouilles en règles du véhicule. Les pêcheurs essaient d’intervenir pour que nous restions mais pas de négociation possible. On doit les suivre au QG. S’ensuit une ballade dans la lande pour se présenter à l’officier. On nous offre du thé ou du café, nous propose à manger et on rentre dans le bureau du chef. Il ne parle pas anglais mais un de ses soldats un peu. On commence l’interrogatoire. Tout le poste est venu nous voir ! Mais aucun ne pouvait vraiment assurer la traduction. A un moment, le chef ( capitaine ) demande à Jeff son boulot avant la retraite. Jeff répond contrôleur aérien dans l’armée de l’air française. Difficulté à comprendre en quoi ça consiste puis lui demande son grade. Jeff répond « lieutenant-colonel » et là, grand blanc. D’un coup le chef se lève, prend les papiers et nous fait signe de le suivre….dans son bureau, bien plus beau ( relatif ) avec des sièges bien plus confortables.

Il a fallu attendre un « traducteur officiel ». Elle ne parlait pas si bien que le jeune soldat mais elle avait autorité. On recommence l’interrogatoire, vous venez d’où, allez où, pourquoi, comment, travail, famille, voyages, etc….Après deux heures en leur compagnie, il nous a rendu nos passeports mais nous a fait raccompagner à 70 kms de là. Pas eu le temps de dire au revoir aux pêcheurs, pas le temps de prendre la mer en photo !

Les bords de la mer Caspienne sont considérés comme frontières stratégiques. Toutes présence étrangère aux locaux est interdite sur une bande de 5 miles le long de la côte. D’où, pas de village de pêcheur !!! Avec notre passé d’officier de l’armée de l’air, on les a fait flipper !

Arrivés à la ville, ils nous ont trouvé une place pour stationner, sur la parking d’une station service. Ce matin, trois hommes frappent à la porte et nous invitent au café dans la station. On accepte et s’engage une conversation surréaliste. Les hommes ne parlent pas anglais et on fait la conversation avec une personne au téléphone qui parle un peu français et traduit ensuite en russe. Trois minutes, ils ne prennent même pas le café et repartent nous laissant avec l’employée de la station. Je pense que c’était une petite contre-visite….

Grozny

Après Vladikavkaz, nous avons voulu visiter le site de Dargavs, la cité des morts. C’est un village abandonné qui date de 400 ans. Je n’en dirai pas plus, nous ne sommes pas parvenus jusque là. Si les deux poutrelles de béton servant de pont nous semblèrent praticables, de gros rochers s’étaient installés sur la piste en terre empêchant toute progression. Dommage….
Nous avons constaté que les bords de la rivière ou torrent qui passait là étaient très prisés des familles pour pique-niquer et faire des feux. Il faut dire que ce jour là, il faisait bon.

Le lendemain, nous partons pour Grozny, capitale de la Tchéchénie. Première surprise, beaucoup de cimetières musulmans. Deuxième, des maison ceintes par de hauts murs et des portails démesurés et fort bien travaillés . Après lecture des conseils pour les voyageurs du ministère de l’intérieur, nous avions décidé de ne pas trop lambiner dans ce coin. Mais, nous n’avions pas de carte routière de l’est de la Russie. Nous avons GPS et applications diverses, mais parfois, le bon vieux papier est utile. Armé de la tablette avec traducteur, nous partons dans un grand centre commercial. Ne trouvant pas de librairie, on s’adresse à un jeune pour avoir des indications. Il appelle une de ses connaissances qui nous amène lui-même à la librairie et explique notre besoin aux vendeuses. Pas de cartes routières mais un atlas, tout en cyrillique… On décide de prendre l’atlas mais de continuer à chercher une carte routière. En se présentant à la caisse, le jeune prend le ticket et nous fait signe de le suivre. Nous sortons, atlas à la main sans payer. Il nous accompagne au plus grand hôtel de Grozny et nous laisse en compagnie d’une splendide jeune femme qui parlait français. Elle a cherché partout des endroits qui pourraient avoir des cartes et nous a sorti plan, adresse et écrit en cyrillique ce que nous voulions. Nous retournons au premier magasin, pour payer l’atlas, mais les vendeuses nous disent que le jeune a payé pour nous, c’est un cadeau de bienvenue….

J’avais eu l’occasion de vivre ce genre de situation en Jordanie, il y a presque 40 ans. C’est typique de l’hospitalité musulmane. C’est moins vrai dans les régions touristiques, car là, c’est le « business ». Jeff le vivait pour la première fois, il était stupéfait.

En dehors de cette anecdote, Grozny est une très belle ville. Toute neuve puisque les Russes l’ont rasée il y a à peine plus de dix ans. Les urbanistes ont vraiment fait un joli travail. Beaucoup de parcs, d’aires de jeux pour les enfants, des trottoirs larges et des axes de circulations largement dimensionnés. C’est un vrai plaisir de se promener dans cette ville. Evidemment, les voies secondaires ne sont pas refaites, mais les immeubles d’habitation sont élégants et à taille humaine. Le centre ville est encore petit mais il y a des travaux partout autour.

Direction la Russie

Le lendemain matin, nous attaquons la centaine de kilomètres qui nous séparaient de la frontière. Déjà la veille, nous avions remonté sur des kilomètres une file de camions arrêtés sur le bas côté quand ce n’était pas sur la route. Dans la matinée, cela a recommencé. Nous avons compris pourquoi plus loin quand nous avons attaqué la montée sur le col situé à 2395m. La route étroite, défoncée, entre deux murs de neige de 1.5 m ne permettait que difficilement les croisements de deux camions. La circulation était donc alternée mais sur plusieurs heures. Les paysages étaient sublimes. Le grand Caucase est magnifique mais quel stress à la descente. Il y a plusieurs tunnels en ogive, dont on ignore la longueur, sans lumière, sans aération et où pour le coup le croisement était impossible à cause de la hauteur sur les côtés. Pas de feux de signalisation, donc l’entrée dans le tunnel se faisait après observation de la circulation dans les lacets suivants. Cela tenait de la roulette russe. On a respiré bien fort quand la série de tunnel s’est interrompue.

On a continué à rouler et on a réussi à s’approcher de la frontière en suivant la file « voiture » comme pour chaque frontière passée jusqu’alors. Arrivés à une vingtaine de mètres des barrières, un soldat nous arrête et nous fait signe de faire demi tour et de prendre la file des camions. On sort, ouvre la cellule pour lui montrer qu’on est camping-car et lui montrant qu’on ne comprenait rien de ce qu’il nous disait, on attend. En désespoir de cause, il nous laisse passer mais son collègue un peu plus loin, nous fait parquer avec les camions. Pas grave, il n’en restait que deux devant ! Arrive notre tour de passer. Un douanier nous fait signe de descendre tous les deux et nous envoie à un guichet. Jusque là, tout va bien. C’était sans compter avec le logiciel de reconnaissance employé par la douane. Jeff a fait son passeport en 2012, avec une photo qui avait peut-être deux ou trois ans d’ancienneté. Sur la photo, il a les cheveux courts, le bouc bien taillé. Là, il s’est présenté avec son catogan, une barbe hirsute et quelques années de plus. Pas de corrélation donc … problème. La douanière a essayé plusieurs fois de faire passer son passeport, a appelé un premier collègue, un deuxième, un troisième … Pour finir, un monsieur en civil, parlant assez bien anglais, nous a invité à le suivre dans les bureaux. Et là, après pas mal d’attente dans une petite salle sans fenêtre, qui puait la transpiration, Jeff est appelé pour un interrogatoire assez invasif mais sur un ton très courtois. Après, ce fut mon tour. Après encore une attente, il nous a accompagné de nouveau au guichet et nous avons eu nos passeports. Bon, ça, c’est fait. La fouille de Bidouille a été succincte, mais il restait les formulaires d’importation temporaire du camion … Et un bel embouteillage de camions dans tous les sens qui nous coinçaient pour quitter enfin la zone après plus de quatre heures. Pour la prochaine frontière, Jeff devra se raser …

Avec tout cela, nous sommes arrivés bien plus tard que prévu à Vladikavkaz, mais nous avons réussi à trouver un distributeur de roubles et, avec l’aide d’un policier, les cartes sim pour les téléphones. Et oui, sans internet, on est un peu perdu …

Arrivé en Russie, il faut se faire enregistrer auprès du service de l’immigration, soit dans ses bureaux, soit dans un hôtel. On a donc pris une chambre d’hôtel mais la réceptionniste n’avait aucune idée de ce qu’elle devait faire et n’avait pas trop l’intention de chercher. On a insisté lourdement et une collègue est venue à sa rescousse. On nous a fourni un formulaire qui tient plus de la note d’hôtel qu’autre chose mais on s’en contentera. On a quand même essayé de trouver le bureau en question mais l’adresse récupérée sur internet nous a menée dans une cité bien sordide alors, on va laisser tomber.

Personne ne parle anglais dans le coin. La frontière a été fermée pendant des années donc il n’y a pas de culture touristique. Ce midi, nous avons mangé dans un restaurant assez important, au centre ville. Le serveur a appelé une amie russe installée à … Toulouse pour servir d’interprète !!!

Les russes comme les géorgiens sont d’un abord assez froid, mais quand vous demandez de l’aide, ils font tout leur possible pour vous aider. Le traducteur français-russe que j’ai installé sur le téléphone ne fonctionne que pour nous car pour nous répondre, il n’y a pas de clavier en cyrillique… Donc ils peuvent nous comprendre mais nous on doit deviner les réponses…

Ananuri en Géorgie

Après nous être baladés à Lagodekhi, à l’extrême est de la Géorgie, nous prenons la direction de la frontière russe. On s’est arrêté à Ananuri, une ancienne place forte dont il ne reste que quelques fortifications et une vieille église très belle. Plusieurs cars de touristes étaient arrêtés là et un petit marché avec des produits locaux et les babioles souvenirs se tenait dans des stands de fortune.

Nous avons passé la nuit à côté de ce qui aurait dû être une belle rivière mais il ne subsistait qu’un pauvre filet d’eau au milieu d’un champ de galets.

confiserie géorgienne

En plus d’essayer les pains, bières, vins et plats divers, j’ai testé cette sucrerie. Des noix enfilées sur une cordelette et trempées dans un sirop de sucre et jus de raisin. C’est bon, si on aime les noix. Jeff n’est pas fan. J’ai été contrainte de tout finir !!! 😉